AîNé Et CaDeT...
On dit les aînés plus sont consciencieux et introvertis, les cadets sont plus sociables et ouverts : les psychologues expliquent pourquoi.
Dans la plupart des familles, chacun s’accorde à reconnaître que l’aîné est plus appliqué, plus volontaire, mais également moins affable, le cadet étant plus social, ouvert aux expériences nouvelles, joueur et drôle. « Avec le premier, nous étions plus sévères et moins tolérants, déclare une mère de famille. Il n’avait pas le droit à l’erreur. Il fallait qu’il réussisse. » Puis, les choses ont changé avec le deuxième. « Nous avions plus d’expérience, nous savions que les choses se passent généralement bien, alors nous nous sommes moins focalisés sur les détails. »
Une étude scientifique confirme ces différences : des psychologues ont constaté auprès de 350 frères et sœurs, que les aînés sont effectivement plus concentrés, plus consciencieux, plus respectueux des règles. Les cadets apparaissent plus rebelles et plus ouverts : pour eux, il n’y a pas de règles rigoureuses, la nouveauté et les réseaux sociaux comptent davantage.
Mais la raison de ce phénomène n’est pas exactement celle proposée par cette maman. L’aîné et le cadet adopteraient des profils différents parce que les parents ne leur accorderaient pas la même attention. Il y a une dizaine d’années le psychologue évolutionniste américain Frank Sulloway a noté que, chez la plupart des animaux, les petits sont en compétition pour obtenir des soins et l’attention de leurs parents. Ainsi, les oisillons se disputent la nourriture, car elle est souvent limitée. Or les parents, au lieu de répartir les ressources de façon équitable, favorisent le plus gros, car il représente un bon investissement alors que les autres risquent de mourir.
De même, chez l’être humain, une très forte mortalité infantile a accompagné l’évolution de l’espèce. Dans ce contexte, lorsqu’un cadet arrivait, il valait mieux investir sur l’aîné, car il avait survécu aux maladies infantiles, alors que le sort du dernier-né était encore incertain. Cela aurait incité les parents à favoriser le premier-né.
Objet de toutes les attentions et de toutes les mises en garde, l’aîné acquerrait un caractère consciencieux, ambitieux et discipliné. Le plus jeune, recevant moins d’attention de ses parents, adopterait spontanément une stratégie différente, se tournant plus vers l’extérieur et favorisant les relations extrafamiliales. Moins en prise avec les règles parentales, il serait aussi plus enclin à les contester. Pour lui, le salut viendrait de l’innovation plus que de l’obéissance.
La théorie de F. Sulloway est cynique, mais elle est peut-être vraie... Dès lors, comment s’investir autant dans l’éducation de tous ses enfants ? Peut-être, en ayant conscience de ce piège.